L’alouette des champs

Depuis quelques semaines déjà, je m’intéresse aux alouettes des champs. Ce passereau de taille moyenne (18 cm) assez commun, peut se rencontrer à peu près partout dans les espaces herbeux ou cultivés, pourvus qu’ils soient « ouverts », car cet oiseau a besoin de voir loin et évite pour cela les espaces trop « fermés » comme la forêt

J’en ai repéré quelques groupes sur les hauteurs de Filain, dans les étendues de pelouses sèches qui dominent la commune. J’affectionne ces endroits avec leur végétation particulière où prospèrent les Genévriers, les Alisiers et autres Orchidées.

Par beau temps sec, on peut y voir très loin, au delà de la mer végétale de prairies et de forêts. Après la ligne d’éoliennes des Avants-Monts du Doubs à 20 kilomètres, on distingue nettement à 45 kilomètres, les contreforts du Lomont annonçant la frontière helvétique. Ensuite, le regard peut porter jusqu’aux Alpes bernoises avec ses sommets à 4000 m enneigés perpétuellement, à plus de 180 kilomètres et même exceptionnellement, notre Mont-Blanc national à 200 kilomètres de là.

Aujourd’hui, en cette mi-avril, je n’ai pas cette chance car il fait très beau certes, mais une brume de chaleur empêche de voir aussi loin.

Je commence par la montée d’un chemin caillouteux, bordé d’un côté par des arbres et de l’autre par un champ labouré. Quelques chants d’oiseaux provenant des arbres attirent mon attention, en particulier celui, magnifique, d’une fauvette à tête noire qui inaugure mon reportage photo. Elle finit par s’éloigner en poursuivant une autre fauvette.

Fauvette à tête noire mâle

Des alisiers sont agités par le vent qui retourne leur feuillage clair. A Filain, on ne rencontre l’alisier que dans ces endroits, au-dessus d’une certaine altitude qui semble bien leur convenir. Il y a deux espèces de ces Sorbiers. Ceux-là sont des alisiers blancs (pour la pâleur du revers de son feuillage) et un peu plus loin se trouve l’alisier torminal.

Alisier blanc

En poursuivant ma montée, la présence des alouettes est révélée par des petits piaillements. Leur chant est particulier. Tout d’abord, une série de petits cris assez rythmés précède des trilles plus élaborées, répétées inlassablement. Un phénomène intrigant se révèle alors. Le champ labouré ayant fait place à un pré d’herbes sèches, je m’y engage pour essayer de voir les oiseaux, dont le cri provient manifestement du sol. Je sais qu’ils nichent dans des loges récupérées de divers rongeurs (mulot ou campagnols) et de fait, je vois des dizaines de trous servant potentiellement d’abris pour alouettes. Mais j’ai beau me déplacer en silence, je ne parviens jamais à apercevoir les oiseaux. Tout se passe comme s’ils changeaient de place dès que j’approche, ce qui est impossible car personne ne s’envole dans l’espace autour de moi. N’ayant pas le don d’ubiquité, j’en déduis qu’ils sont très nombreux, cachés dans les cavités du sol et qu’ils synchronisent leur chant en fonction de ma présence en créant l’illusion de déplacement. Pendant quelques minutes encore, je me déplace aléatoirement pour provoquer sans cesse le même phénomène.

Une zone toute jaune à Potentille couvrant le sol interrompt mes observations, le temps de faire une photo et soudain, dans un bruit d’ailes, à cinq mètres de là, l’oiseau se révèle en s’envolant à la verticale, comme un hélicoptère. Je n’ai pas le temps de le prendre en photo car tout est très rapide. Parvenu à une dizaine de mètres d’altitude, il se met crier assez fort, tout en continuant à s’élever très haut dans le ciel jusqu’à n’être bientôt plus qu’un point.

Alouette des champs en vol – Alauda arvensis – 19 octobre 2022 – Photographie Jean-Noël Latroyes – Filain – Haute-Saône
Alouette des champs en vol – Alauda arvensis – 19 octobre 2022 – Photographie Jean-Noël Latroyes – Filain – Haute-Saône

J’ai quand même eu le temps de voir son dessous gris clair et son plumage supérieur plus foncé, dans différentes nuances de gris et de bruns.

Alouette des champs – Alauda arvensis – Photographie Jean-Noël Latroyes - 
Filain (Haute-Saône - avril 2022
Alouette des champs – Alauda arvensis – Photographie Jean-Noël Latroyes –
Filain (Haute-Saône) – avril 2022

Des dizaines d’alouettes l’imitent bientôt et rejoignent le groupe qui entame un vol circulaire, très haut dans le ciel. On perçoit encore leur cri qui est moins varié et puis, plus rien. Les alouettes sont désormais hors de ma vue …

Alouette des champs – Alauda arvensis – Photographie Jean-Noël Latroyes -
Filain (Haute-Saône) - avril 2022
Alouette des champs – Alauda arvensis – Photographie Jean-Noël Latroyes –
Filain (Haute-Saône) – avril 2022

L’Alouette des champs a un vol de croisière direct et légèrement onduleux. Sa taille, sa silhouette et surtout son cri spécifique aident à l’identification, lors d’un suivi de migration par exemple.

Le vol territorial du mâle, en période de reproduction, est très différent. Il est accompagné de bout en bout par le chant. Ce vol commence par un essor rapide jusqu’à un palier à une hauteur variable. À partir de là, le mâle entame au-dessus de son territoire des orbes d’un vol lent aux battements très particuliers.

Du fait de la lenteur du vol, les battements sont extrêmement rapides tandis que la queue est étalée au maximum, ce qui doit favoriser l’équilibre du vol et la portance. Et cela peut durer ce qui nous paraît une éternité. Le mâle ne semble pas se lasser. Il effectue quelques poursuites rapides à l’encontre de ses voisins, concurrents potentiels, puis revient à son vol vibré. Il peut modifier en cours de route la hauteur des paliers. Vient quand même le moment où il faut redescendre. La descente est spectaculaire. Depuis un dernier palier, le mâle se laisse tomber comme une pierre, ailes fermées, et effectue un freinage brutal à l’arrivée près du sol. » source oiseaux.net

A noter qu’une alouette des champs baguée en mai 2007 à HVEZDOV en République tchèque (environ 600 km à vol d’oiseau) a été reprise en octobre de la même année à Filain (source : Les oiseaux de Franche-comté, page 231, Biotope éditions, 2018).

Je poursuis ma balade, en photographiant les papillons : un Vulcain et un Paon du jour, assez communs en ce Printemps, mais toujours appréciés.

Je sauve de la noyade un petit papillon blanc de nuit, une Citronnelle rouillée (ou Phalène de l’Alisier) qui se débat à la surface d’une réserve d’eau. Je le mets « au sec » et profite de son calme retrouvé pour le photographier. Sa présence est logique ici car son arbre-hôte, l’alisier, pousse dans ce secteur. Un autre petit papillon de nuit, une phalène picotée, se repose sur une motte de terre. Ses plante-hôtes sont plutôt des légumineuses ou des bruyères, qui sont absentes ici. Auprès de quelle plante prospère-t-il ?

Une viorne mancienne avec ses grosses grappes blanches en fleur borde un pré où je m’engage.

A une centaine de mètres, une escadrille d’alouettes décolle et je photographie à tout va. Tout est très rapide et les oiseaux sont très vite hauts dans le ciel. Ils décrivent des cercles au-dessus de moi et je profite de chaque rapprochement pour les avoir de plus en plus nets. Ils s’éloignent finalement hors de ma vue, mais j’ai des résultats encourageants dans mon écran. A part un cliché au sol réussi, cet oiseau est presque plus facile à photographier en vol.

Alouette des champs – Alauda arvensis – Photographie Véronique Monniotte-Dargent
Alouette des champs – Alauda arvensis – Photographie Véronique Monniotte-Dargent

Je continue encore à la recherche des orchidées, fleurons de notre flore locale. J’en trouve finalement quelques pieds, dissimulés par des buissons. Il y en a même deux variétés, l’une à feuilles unie et l’autre à feuille tâchées. Je sais que la forme tachée, l’Orchis mascula Linné, peut présenter deux formes : l’une avec des feuilles tachées bien-sûr et l’autre, plus rare, avec des feuilles unies, sans tâches. A Filain, ce serait plutôt l’inverse car la forme maculée se rencontre plus rarement. Il faudrait qu’un spécialiste des orchidées se prononce sur ces deux formes qui cohabitent quelquefois à quelques mètres l’une de l’autre.

Mon périple s’achève en photographiant une buse variable dans une version claire, beaucoup plus rare que la forme tachetée foncée habituelle.

Vous êtes toujours une quinzaine à lire ces pages du blog et je vous en remercie.

N’hésitez-pas à participer.

Jean-Noël

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s