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Stratégies de survie dans le monde animal

Première partie

Dans un environnement souvent hostile, les animaux ont développé au fil du temps toutes sortes de stratégies évoluées pour survivre. Des adaptations comportementales et morphologiques se sont mises en place progressivement pour contrer de multiples types d’agressions. A force d’évolutions, seuls les êtres vivants les plus adaptés sont parvenus jusqu’à nous en subissant les transformations nécessaires. Des taches trompeuses ou des rayures déroutantes, des couleurs étonnantes ou des formes moins voyantes et des comportements inattendus leur ont permis de se dissimuler et d’échapper aux prédateurs…

Dans nos régions, nous sommes loin des exemples spectaculaires de dissimulation, comme ceux fournis par le caméléon et autres animaux exotiques, passés maîtres dans l’art du camouflage.

Mais, à y regarder d’un peu plus près, on relève quand même quelques exemples intéressants mis en place par notre faune locale, témoins d’une lutte incessante pour survivre …

Papillon du Genre Eupithecia

Parmi les stratégies de survie, la dissimulation et la dissuasion sont les plus utilisées et restent toutes deux très efficaces pour se prémunir de la prédation. Ces deux approches peuvent d’ailleurs être complémentaires chez certains animaux.

Ce modeste article n’a aucune prétention scientifique, ma démarche restant plutôt admirative devant tant d’ingéniosité et de volonté déployées par les animaux pour tenter de continuer à vivre tout simplement…

La dissimulation.

Quoi de plus naturel que se cacher quand on est menacé, pour essayer d’échapper à son assaillant. Selon sa taille, on pourra se dissimuler derrière un rocher, un tronc d’arbre, une feuille ou même une brindille. Cette stratégie, associée à l’immobilisme, fonctionne souvent. Il suffira de sortir de sa cachette quand le danger sera passé, pour reprendre son activité. Le problème, devant la diversité des situations possibles, sera de trouver celle qui convient le mieux à chaque espèce.

Hétéroptères (punaises) :

Pour augmenter leurs chances de dissimulation, certaines espèces jouent sur la couleur en se «fondant» dans le décor qui les entoure. Ainsi, ces punaises de couleur verte, passent inaperçues sur une feuille d’ortie (Urtica dioica).

Punaises vertes – Filain (Haute-Saône) – Juillet 2010

Photographie Jean-Noël Latroyes

Orthoptères (sauterelles) :

Une sauterelle profite de bons moments, dissimulée dans un univers végétal de la même couleur qu’elle. Dans ces tons «vert sur vert», on peut penser au hasard, mais en y regardant de près, on remarquera que les ailes membraneuses de la sauterelle imitent l’aspect d’un brin d’herbe et ajoutent du réalisme à la dissimulation. L’extrémité des pattes également est violacé, comme les quelques touches violettes de l’entourage végétal où elle progresse.

Sauterelle Rospolia nitudila Scopoli – Filain (Haute-Saône) – Mai 2020 – Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Sauterelle Rospolia nitudila Scopoli – Filain (Haute-Saône)
Mai 2020 – Photographie Jean-Noël Latroyes

Cette autre sauterelle tire avantage également d’un «vert sur vert» mais la deuxième couleur violacée est encore plus nette sur son abdomen et renforce l’illusion. Dans cet exemple, on est loin du hasard avec la concordance de ces deux couleurs. Il pourrait s’agir d’un cas d’adaptation d’un animal capable d’opposer aux yeux du prédateur un camouflage évolué.

Grande sauterelle verte – Tettigonia viridissima Linné – Filain (Haute-Saône) – Août 2018 – Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Grande sauterelle verte – Tettigonia viridissima Linné – Filain (Haute-Saône)
Août 2018 – Photographie Jean-Noël Latroyes

Le troisième exemple est comparable au précédent, avec deux couleurs concordantes, le vert et le brun.

Photo sauterelle verte et brune – Conocephalus dorsalis Latreille – Filain (Haute-Saône) – Août 2018 – Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Photo sauterelle verte et brune – Conocephalus dorsalis Latreille – Filain (Haute-Saône)
Août 2018 – Photographie Jean-Noël Latroyes

Lépidoptères (papillons et chenilles) :

Ce papillon de nuit se confondant avec le support du mur sur lequel il fait une pause est assez intéressant et il faut être vraiment très attentif pour le distinguer. Malheureusement pour lui, les prédateurs utilisent également d’autres sens (odorat, ultra-sons, etc…)

Papillon de nuit - sur un mur - Filain (Haute-Saône) – juillet 2015 – Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Papillon de nuit sur un mur – Filain (Haute-Saône)
juillet 2007 – Photographie Jean-Noël Latroyes

Ce papillon de jour, le Citron (Gonepteryx rhamni), utilise également la même tactique de dissimulation en s’immobilisant derrière une feuille de noisetier. Si je l’avais pas vu s’y cacher, il serait probablement passé inaperçu .

Papillon le Citron Gonepteryx rhamni Linné - sur noisetier - Filain (Haute-Saône) – mai 2022 – Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Papillon le Citron Gonepteryx rhamni Linné – sur noisetier
Filain (Haute-Saône) – mai 2022

Chenille immobile imitant une brindille. Je n’ai pas trouvé à quelle espèce de lépidoptère appartenait cette chenille (phalène?), mais cet exemple est saisissant.

Photo d'une chenille de Phalène s.p.
Photo d’une chenille de Phalène s.p.

Chenille-brindille

Chenille-brindille de papillon Horisme vitalbata – Vy-lès-Filain (Haute-Saône) – mai 2022 – Photographie Jean-Noël Latroyes

Cette chenille du papillon Horisme vitalbata présente également des similitudes avec les brindilles sur lesquelles elle transite. Pas mal, pour éviter de se faire manger par un oiseau …

Arachnides (araignées) :

Araignée Tegenaria dans un décor qui la dissimule. Cette Tégénaire tapie dans la litière, même ralentie par le cocon sphérique contenant sa ponte, ne fera pas de cadeau à l’insecte qui s’aventurera vers elle …

Araignée Tegenaria silvestris Koch - - Filain (Haute-Saône) – mai 2010 – Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Araignée Tegenaria silvestris Koch – – Filain (Haute-Saône)
mai 2010 – Photographie Jean-Noël Latroyes

Araignée Micrommata virescens, de la famille des Sparassidae. Le mâle et la femelle ont le gros avantage de posséder un céphalothorax et des pattes de couleur verte, ce qui est indéniablement un avantage pour chasser dans le milieu végétal.

Araignée mâle Micrommata virescens Clerck - Filain (Haute-Saône)mai 2007 Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Araignée mâle Micrommata virescens Clerck – Filain (Haute-Saône)
mai 2007 Photographie Jean-Noël Latroyes
Araignée femelle Micrommata virescens Clerck - Filain (Haute-Saône)
mai 2007 Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Araignée femelle Micrommata virescens Clerck – Filain (Haute-Saône)
mai 2007 Photographie Jean-Noël Latroyes

Mais il y a mieux encore !

La femelle, chez plusieurs genres de la famille des Thomisidae, est capable de modifier sa couleur en fonction de son environnement. Elle peut adapter sa couleur à celle de la fleur sur laquelle elle guette sa proie, en allant ainsi du jaune au blanc, en passant par le vert !

En haut à gauche : la thomise enflée, Thomisus onustus (dans sa belle robe rouge et blanche avec les pattes assorties).

Araignées à l’abdomen jaune sur la marguerite : Misumena vatia

En bas à droite : Ebrechtella tricuspidata (anciennement Misumenops tricuspidata), avec les pattes vertes.

Cette araignée-crabe, doit son nom à sa posture, qui fait penser à un crabe.

juin 2016 – Photographies Jean-Noël Latroyes – Filain (Haute-Saône)

La dissimulation est efficace mais elle ne constitue cependant pas une barrière parfaite à la prédation… Ainsi, les animaux ont vite compris à leurs dépens qu’il était préférable d’augmenter leurs chances d’échapper aux prédateurs en diversifiant les méthodes.

La dissuasion.

Cette autre méthode utilise des signaux de couleurs ou des formes dissuasives pour repousser les prédateurs. Ainsi, par exemple, les couleurs aposématiques de la guêpe (rayures jaunes et noires), sont repoussantes pour de nombreux prédateurs qui ont acquis la dangerosité de ces signaux visuels colorés.

Couleurs aposématiques (jaune et noir) du Frelon Vespa crabro Linné - Filain (Haute-Saône) juin 2021 – Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Couleurs aposématiques (jaune et noir) du Frelon Vespa crabro Linné – Filain (Haute-Saône) juin 2021 – Photographie Jean-Noël Latroyes

En fait, ce signal aposématique indique clairement aux prédateurs éventuels que l’animal qui l’affiche ne cherche pas à se cacher et représente pour eux un danger. On trouve de nombreux exemples aposématiques non bluffants chez les hyménoptères (abeille guêpes, frelons) car les piqûres qu’ils peuvent infliger sont de réels dangers.

Si le danger peut être réel (dans le cas des hyménoptères), pour profiter également d’une protection, certains animaux se contentent de bluffer leurs ennemis en imitant les couleurs aposématiques, sans leur faire courir un réel danger.

Ainsi, beaucoup d’animaux (comme les Syrphes, dont les représentants ne sont pas des hyménoptères, mais des diptères inoffensifs), affichent des signaux aposématiques bluffants dans le seul but de se protéger, n’ayant pas la capacité réelle de se défendre …

Cette Syrphe inoffensive, Episyrphus baltheatus Degger, difficile à distinguer d’une guêpe, imite un hyménoptère réputé dangereux …

Syrphe Episyrphus baltheatus Degger - Filain (Haute-Saône)
août 2017 – Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Syrphe Episyrphus baltheatus Degger – Filain (Haute-Saône)
août 2017 – Photographie Jean-Noël Latroyes

De même pour cette Syrphe, Helophilus pendulus Linné

Syrphe Helophilus pendulus Linné - Filain (Haute-Saône) – juin 2019 – Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Syrphe Helophilus pendulus Linné – Filain (Haute-Saône)
juin 2019 – Photographie Jean-Noël Latroyes

et cette autre Syrphe Chrysotoxum cautum Harris

Syrphe Chrysotoxum cautum Harris
Syrphe Chrysotoxum cautum Harris

La Sésie du groseiller, Synanthedon tipuliformis, petit papillon hétérocère diurne inoffensif, augmente sans doute ses chances de survie en arborant le «jaune et noir» qui a si mauvaise réputation.

Papillon Sésie Synanthedon tipuliformis Clerck sur groseiller - Filain (Haute-Saône) – juin 2017 – Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Papillon Sésie Synanthedon tipuliformis Clerck sur groseiller – Filain (Haute-Saône)
juin 2017 – Photographie Jean-Noël Latroyes

Au-delà de l’association répulsive jaune et noire, on constate qu’arborer une couleur vive dans le monde animal, attire évidemment l’attention. Cela peut être choisi (cas des démarches nuptiales), mais peut aussi signifier une mise en garde de dangerosité.

Ainsi, les gendarmes Pyrrhocoris apterus Linné, très courants dans notre région, ont une capacité étonnante: ils produisent des poisons si toxiques qu’ils tuent les autres insectes par simple contact. Nécessaire pour se défendre contre les fourmis, la présence d’un si violent poison est affichée par la couleur rouge que leurs prédateurs éviteront …

Gendarme Pyrrhocoris apterus Linné - Filain (Haute-Saône) – Avril 2022 – Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Gendarme Pyrrhocoris apterus Linné – Filain (Haute-Saône)
Avril 2022 – Photographie Jean-Noël Latroyes

Le Paon du jour Inachis Io Linné adopte deux stratégies, celle de la discrétion, avec une couleur terne qui se fond dans le décor quand il a les ailes refermées. Mais il joue aussi la carte de la dissuasion en arborant d’éclatantes couleurs une fois déplié. Deux paires d’yeux à l’extrémité de ses ailes indiquent alors à un prédateur (pas trop hardi), qu’il est vu et court conséquemment un danger potentiel.

Paon du jour ailes repliées
Paon du jour Inachis Io Linné - Filain (Haute-Saône) – juin 2017 – Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Paon du jour ailes dépliées

Paon du jour Inachis Io Linné – Filain (Haute-Saône) – juin 2017 – Photographie Jean-Noël Latroyes

De nombreux papillons sont ainsi «réversibles» pour jouer sur les deux stratégies et augmenter leurs chance de survie.

Le Robert-le-Diable possède des ailes de couleur brune aux extrémités dentelées, une fois repliées. Il exploite ces avantages pour passer inaperçu lorsqu’il se repose dans un environnement terne. Une fois dépliées, ses ailes sont alors très visibles et la vigilance redevient de mise …

Le Robert-le-Diable Polygonia-C-album Linné – Filain (Haute-Saône)

avril 2022 – Photographie Jean-Noël Latroyes

Les papillons qui paraissent très vulnérables avec leur couleurs vives et voyantes (teintes rouge-vif, orange, blanches et noires) ont souvent un goût déplaisant car leur corps renferme des substances chimiques toxiques. Ainsi les oiseaux apprennent vite que certaines couleurs sont à éviter …

J’ai fait le tour de mes exemples de stratégies employées par les animaux de notre région, mais le sujet est vaste et je compte sur votre participation pour étoffer une deuxième partie de ce fascinant aspect de la vie animale.

A bientôt sur le blog,

Jean-Noël

Merci à Bertrand Kurtzemann pour sa participation à l’identification des araignées de la famille des Thomisidae.

Jacques et les abeilles

Jacques et les abeilles …

Filain, 28 avril 2022

Nous sommes fin avril, en début d’après-midi, par une douce journée de printemps.

Un bourdonnement inhabituel attire mon attention dans mon verger. Il s’agit en fait d’un épais nuage d’insectes volants qui ondule à quelques mètres au-dessus du sol, en semblant converger vers un endroit précis de la vigne vierge marquant la limite de propriété avec mes voisins.

Je ne suis pas trop surpris car c’est la deuxième fois que se produit un tel phénomène, à peu près à la même époque. Il s’agit évidemment d’abeilles qui constituent leur essaim. Pourquoi ont-elles jeté leur dévolu sur cet endroit précis, nul ne le sait, mais si on prend en compte que Jacques, mon voisin, est l’apiculteur du village, cela commence à prendre du sens …

Formation de l'essaim - Filain (Haute-Saône) Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Formation de l’essaim – Photographie Jean-Noël Latroyes

J’observe les abeilles qui s’empilent par couches successives. En quelques minutes, on ne voit déjà plus le tronc de la vigne vierge et une masse grouillante d’insectes prend forme. En une dizaine de minutes seulement, les bourdonnements et les allées et venues des hyménoptères diminuent, alors que l’essaim se gonfle et acquière sa forme d’équilibre sans doute. Je ne le sais pas encore, mais environ 15000 abeilles viennent de terminer devant moi un exercice incroyable, en se positionnant de façon à tenir ensemble sans que tout tombe. L’ensemble mesure une quarantaine de centimètres de hauteur pour un diamètre moyen d’environ vingt centimètres.

Essaim presque terminé Filain (Haute-Saône) Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Essaim presque terminé – Photographie Jean-Noël Latroyes

Le clou du spectacle passé, il est temps maintenant d’appeler le spécialiste des abeilles. Jacques ne se fait pas prier. Assisté de son petit fils équipé d’une belle tenue immaculée d’apiculteur, il prend en charge l’opération de récupération des abeilles. En fait, il m’explique qu’il s’agit de ses abeilles qui ont entamé une dissidence au sein de leur ruche pour cause de surpopulation et du besoin de former une nouvelle colonie. Elles ne sont donc pas allées trop loin et c’est d’autant plus facile pour les récupérer.

Essaim terminé (environ 15000 abeilles) - Filain (Haute-Saône) Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Essaim terminé (environ 15000 abeilles) – Photographie Jean-Noël Latroyes

D’un geste sûr et mesuré, Jacques place une ruche vide, dépourvue de couvercle, en dessous de l’essaim. Il n’est même pas protégé et avec les mains nues, il commence à secouer l’amas d’abeilles qui émet un bourdonnement croissant. Les abeilles sont partout sur ses mains et sa tête également. C’est un peu la panique dans l’essaim. Alors qu’elles venaient à peine d’arriver, il faut déjà décamper ! Lentement, les abeilles tombent dans la ruche et le bourdonnement impressionnant décroît fortement.

Jacques fait tomber lentement les abeilles dans une ruche vide placée en-dessous. Filain (Haute-Saône) Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Jacques fait tomber lentement les abeilles dans une ruche vide placée en-dessous.
Photographie Jean-Noël Latroyes

Jacques nous explique alors qu’un tel essaim, qu’il estime à 1,5 kg, peut comporter jusqu’à 15000 abeilles. Pour lui, c’est un bel essaim, mais il en a déjà rencontré de bien plus conséquents. Il nous montre encore une abeille qui a enfoui la tête dans un interstice de la ruche et qui exécute une bien curieuse danse. Elle bat très rapidement des ailes sans bouger son abdomen. Cette façon de brasser de l’air disperse efficacement les phéromones qu’elle diffuse auprès de ses collègues qui n’auraient pas encore rejoint le groupe. La signification est assez claire : il faut rentrer maintenant et vite !

Les abeilles sont presque toute dans la ruche.  Filain (Haute-Saône) Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Les abeilles sont presque toutes dans la ruche.
Photographie Jean-Noël Latroyes

En une quinzaine de minutes, les dernières récalcitrantes gagnent à leur tour la ruche. Quand on est une abeille, on ne badine pas avec la discipline et Jacques explique que chez ces insectes tout est parfaitement organisé. C’est de cette façon notamment qu’une communauté d’abeilles parvient à passer l’hiver et ses grands froids sans mourir (la température peut atteindre 30° dans la ruche), alors que d’autres hyménoptères comme les guêpes et les frelons meurent, faute de s’être tenu au chaud collectivement Chez ces derniers, seule leur reine subsiste, protégée sous une écorce, par exemple, mais les ouvrières meurent. La reine guêpe (ou frelon) pond à la sortie de l’hiver pour reconstituer une colonie, alors que les abeilles n’ont plus qu’à sortir de leur hivernage et poursuivre un nouveau cycle de la vie.

Toutes les abeilles sont dans la ruche (sauf quelques retardataires). Filain (Haute-Saône) Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Toutes les abeilles sont dans la ruche (sauf quelques retardataires).
Photographie Jean-Noël Latroyes

Jacques, intarissable, nous entretient également des dangers que font courir les frelons asiatiques qui déciment les ruches et se développent maintenant dans notre région également. A peine plus petit que notre frelon d’Europe, ce nouveau frelon inquiète car il a une tendance à l’adaptation un peu trop marquée.

Pendant ces explications, les dernières abeilles sont quasiment toutes entrées dans la ruche. Jacques viendra finalement récupérer la ruche en début de nuit quand elles sont assoupies, pour installer cette nouvelle ruche pleine d’abeilles dans l’environnement fleuri qu’il leur aura choisi, à proximité du village.

Abeilles. Filain (Haute-Saône) Photographie Jean-Noël Latroyes - www.filain-nature.fr
Abeilles.
Photographie Jean-Noël Latroyes

Le lendemain, quand je retourne au verger, plus une abeille n’y subsiste. Je m’étais presque déjà habitué à leur présence et il se dégageait de cette ruche une quiétude rassurante, quand je suis allé la regarder à la tombée de la nuit. Pour elles, une nouvelle étape de leur vie commence …

Merci à Jacques et à son petit fils.

Jean-Noël Latroyes

L’alouette des champs

Depuis quelques semaines déjà, je m’intéresse aux alouettes des champs. Ce passereau de taille moyenne (18 cm) assez commun, peut se rencontrer à peu près partout dans les espaces herbeux ou cultivés, pourvus qu’ils soient « ouverts », car cet oiseau a besoin de voir loin et évite pour cela les espaces trop « fermés » comme la forêt

J’en ai repéré quelques groupes sur les hauteurs de Filain, dans les étendues de pelouses sèches qui dominent la commune. J’affectionne ces endroits avec leur végétation particulière où prospèrent les Genévriers, les Alisiers et autres Orchidées.

Par beau temps sec, on peut y voir très loin, au delà de la mer végétale de prairies et de forêts. Après la ligne d’éoliennes des Avants-Monts du Doubs à 20 kilomètres, on distingue nettement à 45 kilomètres, les contreforts du Lomont annonçant la frontière helvétique. Ensuite, le regard peut porter jusqu’aux Alpes bernoises avec ses sommets à 4000 m enneigés perpétuellement, à plus de 180 kilomètres et même exceptionnellement, notre Mont-Blanc national à 200 kilomètres de là.

Aujourd’hui, en cette mi-avril, je n’ai pas cette chance car il fait très beau certes, mais une brume de chaleur empêche de voir aussi loin.

Je commence par la montée d’un chemin caillouteux, bordé d’un côté par des arbres et de l’autre par un champ labouré. Quelques chants d’oiseaux provenant des arbres attirent mon attention, en particulier celui, magnifique, d’une fauvette à tête noire qui inaugure mon reportage photo. Elle finit par s’éloigner en poursuivant une autre fauvette.

Fauvette à tête noire mâle

Des alisiers sont agités par le vent qui retourne leur feuillage clair. A Filain, on ne rencontre l’alisier que dans ces endroits, au-dessus d’une certaine altitude qui semble bien leur convenir. Il y a deux espèces de ces Sorbiers. Ceux-là sont des alisiers blancs (pour la pâleur du revers de son feuillage) et un peu plus loin se trouve l’alisier torminal.

Alisier blanc

En poursuivant ma montée, la présence des alouettes est révélée par des petits piaillements. Leur chant est particulier. Tout d’abord, une série de petits cris assez rythmés précède des trilles plus élaborées, répétées inlassablement. Un phénomène intrigant se révèle alors. Le champ labouré ayant fait place à un pré d’herbes sèches, je m’y engage pour essayer de voir les oiseaux, dont le cri provient manifestement du sol. Je sais qu’ils nichent dans des loges récupérées de divers rongeurs (mulot ou campagnols) et de fait, je vois des dizaines de trous servant potentiellement d’abris pour alouettes. Mais j’ai beau me déplacer en silence, je ne parviens jamais à apercevoir les oiseaux. Tout se passe comme s’ils changeaient de place dès que j’approche, ce qui est impossible car personne ne s’envole dans l’espace autour de moi. N’ayant pas le don d’ubiquité, j’en déduis qu’ils sont très nombreux, cachés dans les cavités du sol et qu’ils synchronisent leur chant en fonction de ma présence en créant l’illusion de déplacement. Pendant quelques minutes encore, je me déplace aléatoirement pour provoquer sans cesse le même phénomène.

Une zone toute jaune à Potentille couvrant le sol interrompt mes observations, le temps de faire une photo et soudain, dans un bruit d’ailes, à cinq mètres de là, l’oiseau se révèle en s’envolant à la verticale, comme un hélicoptère. Je n’ai pas le temps de le prendre en photo car tout est très rapide. Parvenu à une dizaine de mètres d’altitude, il se met crier assez fort, tout en continuant à s’élever très haut dans le ciel jusqu’à n’être bientôt plus qu’un point.

Alouette des champs en vol – Alauda arvensis – 19 octobre 2022 – Photographie Jean-Noël Latroyes – Filain – Haute-Saône
Alouette des champs en vol – Alauda arvensis – 19 octobre 2022 – Photographie Jean-Noël Latroyes – Filain – Haute-Saône

J’ai quand même eu le temps de voir son dessous gris clair et son plumage supérieur plus foncé, dans différentes nuances de gris et de bruns.

Alouette des champs – Alauda arvensis – Photographie Jean-Noël Latroyes - 
Filain (Haute-Saône - avril 2022
Alouette des champs – Alauda arvensis – Photographie Jean-Noël Latroyes –
Filain (Haute-Saône) – avril 2022

Des dizaines d’alouettes l’imitent bientôt et rejoignent le groupe qui entame un vol circulaire, très haut dans le ciel. On perçoit encore leur cri qui est moins varié et puis, plus rien. Les alouettes sont désormais hors de ma vue …

Alouette des champs – Alauda arvensis – Photographie Jean-Noël Latroyes -
Filain (Haute-Saône) - avril 2022
Alouette des champs – Alauda arvensis – Photographie Jean-Noël Latroyes –
Filain (Haute-Saône) – avril 2022

L’Alouette des champs a un vol de croisière direct et légèrement onduleux. Sa taille, sa silhouette et surtout son cri spécifique aident à l’identification, lors d’un suivi de migration par exemple.

Le vol territorial du mâle, en période de reproduction, est très différent. Il est accompagné de bout en bout par le chant. Ce vol commence par un essor rapide jusqu’à un palier à une hauteur variable. À partir de là, le mâle entame au-dessus de son territoire des orbes d’un vol lent aux battements très particuliers.

Du fait de la lenteur du vol, les battements sont extrêmement rapides tandis que la queue est étalée au maximum, ce qui doit favoriser l’équilibre du vol et la portance. Et cela peut durer ce qui nous paraît une éternité. Le mâle ne semble pas se lasser. Il effectue quelques poursuites rapides à l’encontre de ses voisins, concurrents potentiels, puis revient à son vol vibré. Il peut modifier en cours de route la hauteur des paliers. Vient quand même le moment où il faut redescendre. La descente est spectaculaire. Depuis un dernier palier, le mâle se laisse tomber comme une pierre, ailes fermées, et effectue un freinage brutal à l’arrivée près du sol. » source oiseaux.net

A noter qu’une alouette des champs baguée en mai 2007 à HVEZDOV en République tchèque (environ 600 km à vol d’oiseau) a été reprise en octobre de la même année à Filain (source : Les oiseaux de Franche-comté, page 231, Biotope éditions, 2018).

Je poursuis ma balade, en photographiant les papillons : un Vulcain et un Paon du jour, assez communs en ce Printemps, mais toujours appréciés.

Je sauve de la noyade un petit papillon blanc de nuit, une Citronnelle rouillée (ou Phalène de l’Alisier) qui se débat à la surface d’une réserve d’eau. Je le mets « au sec » et profite de son calme retrouvé pour le photographier. Sa présence est logique ici car son arbre-hôte, l’alisier, pousse dans ce secteur. Un autre petit papillon de nuit, une phalène picotée, se repose sur une motte de terre. Ses plante-hôtes sont plutôt des légumineuses ou des bruyères, qui sont absentes ici. Auprès de quelle plante prospère-t-il ?

Une viorne mancienne avec ses grosses grappes blanches en fleur borde un pré où je m’engage.

A une centaine de mètres, une escadrille d’alouettes décolle et je photographie à tout va. Tout est très rapide et les oiseaux sont très vite hauts dans le ciel. Ils décrivent des cercles au-dessus de moi et je profite de chaque rapprochement pour les avoir de plus en plus nets. Ils s’éloignent finalement hors de ma vue, mais j’ai des résultats encourageants dans mon écran. A part un cliché au sol réussi, cet oiseau est presque plus facile à photographier en vol.

Alouette des champs – Alauda arvensis – Photographie Véronique Monniotte-Dargent
Alouette des champs – Alauda arvensis – Photographie Véronique Monniotte-Dargent

Je continue encore à la recherche des orchidées, fleurons de notre flore locale. J’en trouve finalement quelques pieds, dissimulés par des buissons. Il y en a même deux variétés, l’une à feuilles unie et l’autre à feuille tâchées. Je sais que la forme tachée, l’Orchis mascula Linné, peut présenter deux formes : l’une avec des feuilles tachées bien-sûr et l’autre, plus rare, avec des feuilles unies, sans tâches. A Filain, ce serait plutôt l’inverse car la forme maculée se rencontre plus rarement. Il faudrait qu’un spécialiste des orchidées se prononce sur ces deux formes qui cohabitent quelquefois à quelques mètres l’une de l’autre.

Mon périple s’achève en photographiant une buse variable dans une version claire, beaucoup plus rare que la forme tachetée foncée habituelle.

Vous êtes toujours une quinzaine à lire ces pages du blog et je vous en remercie.

N’hésitez-pas à participer.

Jean-Noël

Rencontre avec la belette …

Nous sommes le 6 mars 2022, je décide d’aller faire un tour en début d’après-midi, sur le chemin du « Vélorail ».

Le vent est frais, mais il y a du soleil, les oiseaux se font rares.

J ‘aperçois un pied de « Pulmonaire« , le premier pour moi cette année, alors je m’approche pour le photographier.

Tout à coup, une petite bestiole passe devant moi et se perd dans les broussailles. Je me suis dit que si j’attendais quelques instants, elle pourrait peut-être réapparaître ! On a toujours le droit de rêver. Je croisais les doigts qu’il n’y ait pas trop de passage à pied ou à vélo qui pourrait la gêner.

Au bout d’une bonne vingtaine de minutes, voire un peu plus, elle revient, elle se dresse sur ses deux pattes arrières, et ensuite fait un aller-retour hyper rapide avant de disparaître pour de bon cette fois.

J’étais très heureuse d’avoir attendu, de la revoir à peine 3 minutes et de la photographier.

Belette ou hermine était ma question, mais c’était bien une belette car elle avait le bout de la queue brun, alors que pour l’hermine il est noir.

Ce fut une belle rencontre, une superbe observation et ma patience a été récompensée.

Jeanine G.

Nous remercions chaleureusement Jeanine pour nous avoir détaillé ces rares instants. Photographe assidue, membre de la LPO où elle publie régulièrement ses observations, elle opère beaucoup dans sa zone de prédilection du lac de Vaivre, mais nous pouvons la croiser partout, même à Filain, où elle réalise de belles photographies.

Vous êtes maintenant jusqu’à une vingtaine à consulter ces pages et je vous en remercie.

A bientôt sur le blog,

N’hésitez-pas à participer.

Jean-Noël

Le bois de Filain

En cette fin de mois de mars, c’est un grand plaisir maintenant d’aller observer les changements printaniers dans la Nature.

Cette année encore, une chaleur inhabituelle a marqué de façon notable le changement de saison et tout s’accélère maintenant.

Direction : le bois, à quelques centaines de mètres de chez moi.

La petite route menant au bien-nommé « Chemin du bois » se transforme vite en chemin empierré et sur les talus, les fleurs « de saison » abondent. L’anémone des bois tapisse les sous-bois de centaines de fleurs blanches, les primevères jaunes (Primula veris), appelées familièrement « coucous », se dressent sur les bas-côtés et font concurrence aux pulmonaires (Pulmonoria molis) arborant trois couleurs. Çà fait plaisir de revoir ces fleurs à chaque début d’année car elles symbolisent la fin de l’hiver.

Une intense activité est perceptible dans les arbres. Les oiseaux s’y activent à cette période cruciale et le ballet des constructeurs de nids se poursuit depuis quelques temps déjà. De multiples chants d’oiseaux complètent l’harmonie des lieux. Parmi eux, le sissi-dey/sissi-dey de la mésange charbonnière est facilement reconnaissable, mais cet oiseau possède une palette de chants si variée qu’on est souvent trompé sur l’identité du chanteur.

Le martellement bruyant d’un pic sur le tronc d’un arbre voisin est très soutenu, mais je ne parviens pas à l’apercevoir. De la même manière, le cri de « celui qu’on entend mais qu’on ne voit jamais » se répète inlassablement. Il s’agit bien-sûr du coucou .

En photographiant les grands pins au tronc rouge à l’entrée du bois, je perçois les cris de plusieurs oiseaux de petite taille venant se désaltérer dans une flaque d’eau. Il n’a pas plu depuis des semaines et ce type de point d’eau est vital pour eux. Je les observe à une dizaine de mètres, caché derrière un tronc de mélèze, tout en les photographiant. Il y a des pinsons des arbres, des tarins des aulnes et même un pouillot véloce.

Percevant du mouvement dans les cimes au-dessus de moi, je photographie également un pinson de nord et d’autres pouillots véloces.

Je poursuis mon chemin en essayant de deviner l’identité des chanteurs des arbres, mais je m’y perds tant ils sont nombreux et différents. Alors autant profiter simplement de tant de beauté. A cette époque de l’année, il ne s’agit plus de simples gazouillis, mais plutôt de l’expression de dialogues de couples se cherchant, rivalisant d’originalité pour attirer l’attention.

Sortant un peu du bois, en lisère, de bien jolies fleurs s’épanouissent un peu plus loin au soleil pour le régal des sens. Il s’agit de la violette cornue (celle qu’on ne sent qu’une fois) qui tapisse un bon mètre carré, une petite pervenche également: la vinca minor et encore une jolie plante à bulbe, la scille à deux feuilles ou scillia bifolia . Çà fait beaucoup de violet dans le même coin, mais on ne s’en lasse pas.

Je croise également quelques papillons, attirés par les fleurs sans doute : un Vulcain qui rechigne à poser de face, un Aurore très agité qui se laisse photographier à bonne distance quand même et une Vanesse du saule.

A la lisière de la forêt encore je parviens à approcher deux mésanges à longue queue et pour la première fois une mésange huppée. Elle se dissimule derrière les aiguilles de pin et je la laisse à ses hautes branches.

Je reviens chez moi par une étendue dégagée où plane une buse variable lançant ses longs cris plaintifs. Elle est tellement basse que je l’ai « plein cadre ».

Des corydalis, mâtures maintenant, se sont développés sur les bords du chemin. Dans une zone ombragée et plus humide, je prends en photo deux espèces de renoncules : la renoncule ficaire et la renoncule cymbalaria.

Je photographie aussi quelques arbres, dont l’épine blanche, ou aubépinier et le prunellier, ou épine noire.

Les Saint-Georges, ou Cardamine pratensis, commencent à s’épanouir dans l’herbe qui reverdit. Des pas-d’ânes (Tussilage farfara) dominent une petite butte ensoleillée.

Un merle noir, chanteur incomparable, se laisse entrevoir à travers les branches d’un buisson.

Mais quelques heures ont passé déjà et je laisse la vie sauvage derrière moi.

J’ai hâte de voir les photos …

Vous êtes toujours une quinzaine à consulter ces pages et je vous en remercie.

A bientôt sur le blog,

N’hésitez-pas à participer.

Jean-Noël